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Robin Rivaton

Doit-on se satisfaire de ne pas être à la pointe ?

- 06/06/2016

Robin Rivaton Economiste et membre du conseil de la Fondation pour l’innovation politique répond à l'interview de la CCI de Montpellier avant d'être l'intervenant sur les nouveaux modèles entrepreneuriaux et la nouvelle économie le 16 juin au Corum pour la soirée #DestinationDemain 

Robin Rivaton, d’après vous, les changements technologiques vont bouleverser les modes de production et les services…

La ‘robonumérique’ - robotique et numérique - va aboutir à des machines qui effectuent de plus en plus de tâches ou d’opérations autrefois réservés aux humains, et qui seront capables de collaborer entre elles. Leurs capacités vont évoluer… un peu comme l’homme a évolué au cours de l’humanité.

Vous êtes ce 16 juin dans l’Hérault. Quel message adressez-vous aux entrepreneurs héraultais ?

Aucun secteur n’est à l’abri de ces évolutions technologiques. Vous êtes ici sur une économie plus domestique, basée sur le tourisme, la construction la construction. Mais croire que l’innovation est l’apanage des start-up, c’est faire fausse route. Il n’y a pas que les start-up de la French Tech qui sont concernées par les mutations technologiques : toutes les entreprises le sont ! 

En quoi les entreprises sont-elles concernées ? Pouvez-vous nous livrer des exemples concrets ?

Sur la construction, on peut désormais faire appel à des machines pour monter des murs. Des maisons peuvent aussi être bâties par impression 3D, sur la base d’un plan défini, à une vitesse spectaculaire. Il y a aussi des progrès dans les matériaux permettant de faire des constructions en kit, et garantissant des délais très rapides, avec une mécanisation de l’activité de construction. Des drones sont utilisés pour placer des pièces à grande hauteur…

Les robots vont par ailleurs de plus en plus assister les personnes âgées. Le but n’est pas de rendre ces robots obligatoires, mais de trouver la meilleure relation possible entre machines et opérateurs humains, afin de trouver le bon dosage. On ne pourra pas fonctionner qu’avec l’un ou qu’avec l’autre. Les usages ne font que débuter.

Les potentialités ne sont pas toutes connues. Soit on se dit que c’est de la science-fiction, soit on creuse la chose et on anticipe des changements qui sont inéluctables. Mieux vaut agir ainsi, que de les subir. 

En matière de tourisme, des acteurs pointent que campings n’ont pas la wifi…

En effet, avant d’aller imaginer des choses très compliquées, questionnons d’abord les infrastructures de communication, fournies de façon gratuite ou à des prix très limités. Ces services sont-ils disponibles sur le territoire ? C’est la première brique du schéma.

Pour le tourisme, je pense cependant que la présence humaine restera plébiscitée, surtout s’il y a beaucoup d’automatisation par ailleurs. Mais il faut des lieux de résidences intelligents, permettant de sonder l’état de l’hébergement, d’avoir une connaissance du client, de croiser ces données avec d’autres, pour offrir, au final, un service parfait.

Quels changements futurs se profilent ? 

On n’a vécu que l’écume de la nouvelle économie. L’ubérisation concerne à ce jour les seules activités de distribution : taxi, musique, billet de train, appartements...

C’est une évolution forte mais au final, on ne fait que distribuer. On n’a pas encore changé la façon de produire du train ou de la musique ! Demain, ces technologies vont intervenir sur la production même des services, avec un impact plus important.

La France est-elle dans le rythme de cette mutation ? 

Non. La France a perdu l’habitude d’investir. Les acteurs économiques ont tendance à se dire que cette nouvelle économie est très loin, alors qu’elle est en réalité très proche. Doit-on se satisfaire de ne pas être à la pointe ? 

La nouvelle économie peut faire peur. Quelques mots pour rassurer les sceptiques ? 

Il ne faut pas écouter les gens qui promettent la disparition de la moitié des emplois d’ici 20 ans, du fait de cette nouvelle économie. Ces gens-là cherchent à faire peur.

La résistance des sociétés humaines fait que les changements technologiques prennent du temps. De plus, les capacités d’investissement ne sont pas illimitées.

On est parfaitement capables d’assurer ce changement technologique sans que cela se traduise par du chômage technologique.

Robin Rivaton, Fondation pour l’innovation politique, membre du conseil scientifique, Enseignant et consultant, Conseiller de dirigeants d’entreprises (stratégie, finance et innovation), Auteur de "Relancer notre industrie par les robots" (2012).